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DC-CAM

Un centre dédié à la mémoire du pays


dccamLe « centre de documentation pour le Cambodge » est le centre de référence pour quiconque recherche des informations sur la période khmère rouge.
Depuis sa création, il n’a de cesse, comme l’affirme son slogan, d’être « à la recherche de la vérité ». Depuis 1997, le centre sert deux objectifs. Premièrement, préserver au maximum l’histoire du régime khmer rouge, afin d’en garder une trace pour les générations futures.
Deuxièmement, collecter, enregistrer et compiler un maximum d’informations sur le régime afin de préparer un dossier qui servira à l’accusation lors du procès des leaders khmers rouges.

Lutter contre l’oubli


La charte du DC-CAM, le « centre de documentation pour le Cambodge », parle d’elle même. Dans un esprit de réconciliation nationale, elle cherche à combiner un travail de mémoire avec un travail de justice.
La mémoire n’est pas figée, au contraire elle a tendance à disparaître assez vite.
Le manque de traces, de preuves irréfutables, est souvent à la base de révisionnisme voire de négationnisme.
Qui sait si à l’avenir, certains nieront les faits terribles survenus pendant le régime khmer rouge ?
Trente ans après la chute du régime, le nombre de survivants directs tend à s’amenuiser.
Afin de parer à toute amnésie de l’histoire, il est donc essentiel d’enregistrer un maximum de témoignages, peu importe le support. Lettres, coupures de journaux, comptes-rendus d’émissions radios, vidéos, photos, ce sont autant d’armes pour lutter contre l’oubli.                  De même, il est primordial de conserver en état les lieux où les exactions ont été commises : le terrible centre de détention S-21 ainsi que les nombreux charniers qui jalonnent le pays.

Anarchie totale


L’idée de créer un centre de documentation national pour le Cambodge s’est fait attendre.
Au vu de l’histoire particulièrement troublée du pays, on comprend aisément qu’il y avait à l’époque d’autres priorités pour ses habitants.
A la chute du régime khmer rouge, en 1979, le pays entier était complètement ravagé par des années de guerre, le massacre d’un quart de sa population ainsi que la déportation de la majorité de ses habitants.
Après l’arrivée des « libérateurs » vietnamiens, la plupart des cambodgiens sont retournés chez eux, dans leurs villages natals ou à Phnom Penh. De nombreux autres ont tentés de fuir à l’étranger. La priorité d’alors, n’était pas de chercher à comprendre mais plutôt de tenter de survivre.
Ce n’est que bien plus tard que des survivants  se sont penchés sur les archives du régime afin d’obtenir des réponses sur ce qui était arrivé à leurs proches.
La plupart des documents du régime était laissés à l’abandon, tels quels, sur les lieux mêmes des exactions. D’autres disséminés un peu partout dans le pays, chez des particuliers.
Les premières recherches furent donc assez anarchiques.



Assistance étrangère


Il faudra attendre les années 90 avant de voir les choses s’accélérer. En 1994, le congrès américain ratifie le « Cambodian Genocide Justice Act », sous l’administration Clinton.
Un bureau est chargé d’investiguer sur les atrocités commises sous le régime khmer rouge. L’idée d’un procès des leaders khmers rouges émerge.
Mais avant d’organiser un procès d’une telle ampleur, il faudra d’abord collecter des preuves.
En parallèle, l’université de Yale lance en 1995 le « Cambodian Genocide Program »(CGP), qui vise à conduire des recherches sur le régime de l’Angkar.
Le CGP s’efforça de rassembler des preuves concernant les leaders du « Kampuchéa Démocratique » afin de déterminer si le régime khmer rouge avait bel et bien violé des lois internationales : concernant les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ainsi que le crime ultime, celui de génocide.
En tant que programme universitaire, le CGP n’avait pas l’autorité légale pour organiser un procès officiel. Néanmoins, il sera à la base des recherches de preuves, qui serviront par la suite lors des « Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens » (CETC).

Un travail titanesque


Afin de réaliser l’objectif du programme, à savoir collecter un maximum d’informations sur le régime, le centre de documentation pour le Cambodge fut crée sous la direction de Youk Chhang, un survivant de l’enfer KR.
Un travail colossal commença alors pour l’équipe du DC-CAM. En 1997, le DC-CAM devient officiellement un institut indépendant de recherche pour le Cambodge. Financé par des dons, il se veut apolitique et impartial. Le peuple cambodgien étant le seul à qui il faut rendre des comptes.
L’équipe du centre s’attaquera à la collecte des documents, à la centralisation des archives, à la création d’un index pour faciliter les recherches. Par la suite, le centre imprimera également un magazine dont le nom est sans équivoque : « A la recherche de la vérité » (Searching for the truth).
Après un travail aussi colossal, le centre deviendra finalement incontournable pour tous ceux qui s’intéressent au régime khmer rouge.

Une référence en la matière


Le DC-CAM est aujourd’hui le centre névralgique des recherches sur le régime de l’Angkar. Les documentaires réalisés par Rithy Panh, le plus célèbre réalisateur cambodgien, ainsi que de nombreux livres ont bénéficiés des recherches effectuées par le centre.
Plus important encore, les preuves recueillies pendant toutes ces années servent aujourd’hui de base à l’accusation au procès des dirigeants khmers rouges.
Plus que jamais, la collection du centre est inestimable. Combinant travail de mémoire et de justice, le DC-CAM œuvre à l’éducation des nouvelles générations au Cambodge.
Afin que les traces du passé servent le futur du pays.

VOKAR Benjamin

 

*Sources
Site officiel du DC-CAM